Composer en trio

Crédit photo : Imelenchon

Composer en trio la musique d'un film : compositeur, producteur, réalisateur. Blog Adélie Prod

En dépit de ce que le titre pourrait laisser croire, il ne s’agit pas ici de parler de composition collective de musique. Non, ce trio que je cite se constitue de l’équipage réalisateur, producteur et compositeur. Dans la majorité des cas, composer reste une activité solitaire. Le réalisateur et le producteur (sauf cas exceptionnels) n’ont pas la technique ou la connaissance nécessaire sur la composition musicale à proprement parler. Mais, l’un comme l’autre, d’une part ont des oreilles et donc un avis sur les propositions musicales et d’autre part sont impliqués, cela va sans dire pour le réalisateur et à géométrie plus variable pour le producteur, dans la création du dit film. Vient donc immanquablement le jour, où je me retrouve dans mon studio à lancer une séquence d’un film et à faire écouter une maquette au producteur et au réalisateur réunis pour l’occasion.

Il est à la fois intéressant et évident de constater à quel point les avis émis sont à la fois le produit du vécu, de l’expérience mais aussi du rôle de chacun. Pourtant les avis se rejoignent globalement à l’aune de la subjectivité personnelle et de l’émotion. L’émotion, cette chose totalement volatile que l’on essaie avec plus ou moins de succès de générer, guider, orienter voire manipuler chez le spectateur par l’alchimie musique/image. C’est le même procédé qui s’opère dans mon studio au moment de l’écoute mais biaisé. Le procédé est altéré parce que la séquence n’est pas finalisée en terme d’images, la musique n’est pas enregistrée avec de vrais instruments et encore moins mixée et, pour couronner le tout, le reste de la bande son (bruitages, sound design) est réduit à sa portion congrue ou totalement absente.

Là, même avec des réalisateurs et producteurs expérimentés, l’émotion du moment prend le dessus sur toutes ces considérations et préambules à l’écoute d’une maquette. Alors, il suffit d’un son d’instrument programmé peu flatteur, d’un mixage maladroit ou d’un thème inachevé pour que l’auditeur se focalise sur l’un de ces points et en oublie la vision d’ensemble. Le tout se perd dans le détail. Alors quand ce genre d’exercice arrive, il peut être plus sage de refuser si l’on est pas prêt ou bien d’avoir soigneusement balisé le terrain pour une écoute. L’avantage de l’expérience, je sais aujourd’hui à peu près à quel moment faire écouter ou refuser. Pour les raisons du refus, je vous laisse le choix des excuses de « Mon disque dur a lâché hier et je suis en train de réinstaller la sauvegarde. Y en a pour plus de 24h. Je suis vraiment désolé » à « J’ai cours de Poney aquatique » !

Il y a une pédagogie de l’écoute. Comme nous musiciens devons apprendre à voir animatiques et autre ours (pas l’animal, le montage d’un film) avec le recul et l’imagination nécessaires. Aucun de nos interlocuteurs n’est censé avoir la science infuse, à nous donc de préparer le terrain et d’être pédagogue aussi. Expliquer la maquette, le mixage, montrer et ne pas avoir peur de faire une démonstration en direct. Tout élément permettant de comprendre le fonctionnement du métier de compositeur sera le bienvenu et un jalon posé pour la suite du travail en commun. Chaque lien est différent et la pédagogie doit s’y adapter. En général, avec le réalisateur, le discours se situe plus sur un plan artistique, émotionnel, et puis il s’agit de son œuvre au départ, sur laquelle le compositeur apporte un nouvel élément. Il faut parfois du temps pour amener des idées, ne jamais perdre de vue que l’on peut en quelques minutes bouleverser un projet qui occupe le réalisateur depuis plusieurs années parfois. Le producteur est souvent plus pragmatique, sans tomber dans la caricature non plus. Il va parfois mettre l’accent sur le public, la cible prévue pour le film, les distributeurs et en creux les besoins plus ou moins normés qui permettent de répondre à ces attentes.

Quoi qu’il en soit, cette séance d’écoute, de composition en trio a surtout pour fonction de rassurer. Ce n’est pas un temps de grandes remises en cause, c’est le temps de l’explication de la pédagogie et de l’écoute. Entendre les besoins, les préoccupations des uns et des autres et rassurer sur la capacité à y répondre tout en restant solide sur ses propres convictions. Finalement composer de la musique de film ça reste souvent marcher en équilibre sur un fil pour maintenir une alchimie fragile mais magique entre les différentes attentes de l’équipe mais surtout entre la musique et l’image !

Nathanaël

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