Compositeurs et réalisateurs (suite)

S’il existe un réalisateur pour qui la musique est une évidence dans sa vie, c’est Clint Eastwood. Fasciné de Jazz, il joue, chante et compose depuis longtemps mais en personnage soucieux, en apprentissage permanent, il faudra attendre à la fois une opportunité mais aussi une forme de légitimité chez lui pour qu’il se lance musicalement dans ses films. La chanson devient sa porte d’entrée, parce que sans doute plus populaire, moins orchestrale aussi et ponctuelle.

Son premier fait d’armes date de 1980. Il co-écrit et interprète avec Merle Haggart, star incontournable de la scène country, certaines des chansons de Bronco Billy.

Puis en partenariat avec Lennie Niehaus, compositeur de jazz et ami d’Eastwood auquel il confie les BO de ses films, il prend peu à peu sa place de compositeur signant des thèmes dans « Impitoyable », « Un monde parfait », « Sur la route de Madison » ainsi que les chansons de « Jugé coupable », Why should I care, interprétée par Diana Krall, et celle de « Space Cowboys », Espacio, interprétée par Mitch Holder.

En 2003, Clint Eastwood devient seul maître à bord pour les partitions de « Mystic River », « Million Dollar Baby », « Mémoires de nos pères », confiant quelques morceaux à son fils Kyle, devenu contrebassiste de jazz talentueux et reconnu. C’est donc à 73 ans, riche d’une grande carrière et expérimenté qu’il embrasse pleinement la double casquette réalisateur et compositeur :

« J’ai toujours pensé que la musique était l’un des éléments les plus importants de ma vie. Ou d’un long métrage. La musique ne doit pas être délaissée au profit des dialogues. Comme le scénario, les acteurs ou le réalisateur, la musique contribue au succès du film. La bande originale peut rehausser la qualité d’un long métrage ou le détruire totalement. »

C’est ce souci du détail, du travail bien fait, cet art de faire le nécessaire au service de la narration et du film qui fait d’Eastwood quelqu’un d’atemporel doté d’un classicisme de bon aloi. Pas de plans inutiles, d’effets surchargés dans l’image et la musique est traitée dans la même veine : des thèmes simples, sobrement orchestrés, prenant simplement leur place dans l’alchimie globale de ses films.

De cette race capable de combiner deux talents on pourrait citer le français Quentin Dupieux, ovni du cinéma, l’hispano-chilien Alejandro Amenabar qui commence sa carrière au cinéma comme compositeur et plus proche de nous encore J.J. Abrams, compositeur des thèmes des séries à succès qu’il a créées (Lost, Fringe, Person of interest, Alias), sans que cette liste soit bien sur exhaustive.

Je finirai par un profil atypique, celui de John Ottman, partenaire de travail et complice du réalisateur Bryan Singer : Ottman est à la fois le monteur et le compositeur de ses films.

On imagine aisément l’impact sur le rapport musique, image avec une interaction totale possible entre la ré-écriture qui se fait souvent au montage et la place de la musique, les points d’entrée et de sortie qui se jouent à l’image. Une histoire d’alchimie, de complicité et de talents toujours dans un même but, raconter une histoire, servir une narration, provoquer des émotions !

Nathanaël

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