Je n’avais jamais vu la mer

J’ai aimé ce titre dès le départ, dès la création du spectacle. Oui « Je n’avais jamais vu la mer » est une pièce de théâtre, seul en scène, écrite par Pierre Philippe Devaux et éditée chez Art et Comédie. Elle raconte l’histoire d’un appelé en Algérie lors de ce que l’on a qualifié longtemps d’événements. La grande Histoire par le prisme de la « petite ». Le titre a cette force de ramener le spectateur sur un autre plan, l’appelé n’avait jamais voyagé avant et ce qui pourrait être une rencontre extraordinaire, un moment de joie sur la plage et dans les vagues devient une dérision, une ironie salée et amère.

J’ai travaillé sur ce spectacle, écrit les musiques et créé la bande son qui l’accompagne. Le défi est toujours le même, un film, un spectacle, on raconte une histoire. On vient donner des éléments supplémentaires au spectateur, enrichir le contenu, densifier la narration. Ce spectacle était notre cinquième collaboration. Le temps de bien se connaitre, d’apprendre l’un de l’autre, et pourtant. A chaque nouveau départ, on recommence à zéro, parce qu’on ne raconte jamais la même histoire, parce qu’aucun de nous ne veut utiliser de recettes, parce que nous nous poussons respectivement à sortir le meilleur de nous-mêmes. Nous partageons une culture commune et malgré des goûts parfois éloignés quant à certaines œuvres artistiques, nous avons su trouver notre langage commun. Je crois que cela n’est possible qu’avec le temps. Nous pratiquons des métiers de fidélité, qui s’inscrivent dans la durée parce qu’une collaboration éphémère n’apportera que rarement la profondeur que seuls les mois et les années peuvent inscrire sur une relation. Il existe de nombreux duos de réalisateurs ou auteurs et compositeurs. Je peste parfois contre eux en me disant qu’ils pourraient essayer quelqu’un d’autre, moi au hasard mais c’est fugace. Au fond, je sais bien qu’ils ont raison qu’il faut construire et qu’il n’y a aucune raison tangible de défaire une équipe qui se bonifie à chaque collaboration.

Si jamais vous n’êtes pas trop loin de Lyon, « Je n’avais jamais vu la mer » sera joué ce week-end. J’y serai avec envie pour redécouvrir encore une fois ce qui a été fait mais ne nous appartient plus et est désormais soumis à l’émotion du spectateur et je l’espère à ses applaudissements non pas comme un récompense mais comme un partage du moment que nous avons vécu pendant la création.

Nathanaël

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